Journées du patrimoine au château royal de Blois : vivre le week-end dans un grand château

Pendant les Journées européennes du patrimoine, on pense d'abord aux lieux fermés le reste de l'année : ministères, ateliers, demeures habitées. Les grands châteaux, ouverts toute l'année, en profitent pourtant eux aussi pour montrer autre chose : des combles, des tours, des réserves, des parcours commentés qui n'existent que ce week-end-là. Le château royal de Blois, propriété de la ville, en donne un bon exemple.
Le principe des Journées, en quelques mots
Chaque troisième week-end de septembre, des milliers de lieux publics et privés s'ouvrent au public, souvent gratuitement. L'histoire de la manifestation, son organisation et ses chiffres sont détaillés dans notre article sur les Journées européennes du patrimoine. Pour le visiteur, l'essentiel tient en trois points : le programme national du ministère de la Culture recense lieux et animations par commune ; les villes publient souvent leur propre brochure ; les visites les plus demandées se réservent à l'avance.
Deux familles de lieux se partagent l'affiche : ceux qui n'ouvrent qu'à cette occasion, comme les préfectures ou les demeures privées, et les monuments ouverts toute l'année, qui proposent ce week-end-là des parcours inédits ou l'accès à des espaces habituellement fermés. Blois appartient à la seconde.
Pourquoi aller dans un grand château ce week-end-là
Beaucoup de visiteurs évitent les grands monuments pendant les Journées, en pensant pouvoir y revenir n'importe quand. C'est vrai pour la visite ordinaire, pas pour les parcours spéciaux : combles, tours, œuvres en restauration, rencontre avec les équipes de conservation. Ces visites sont limitées en places et rarement reconduites à l'identique. Le revers est connu : affluence et créneaux vite complets. Tout l'enjeu est de repérer ce qui n'existe que ce week-end-là.
Blois, quatre époques autour d'une cour
Autour de la cour d'honneur du château royal de Blois s'ordonnent des bâtiments de quatre grandes époques, du Moyen Âge au XVIIe siècle.
La forteresse médiévale. Des constructions des comtes de Blois, qui bâtissent sur le promontoire dominant la Loire dès l'an mil, le château conserve des éléments du XIIIe siècle : une partie du rempart, des tours, et surtout la grande salle seigneuriale, bâtie en 1214 par Thibaut VI, dernier comte de Blois-Champagne. C'est elle qu'on appelle aujourd'hui la salle des États généraux.
L'aile Louis XII. Né à Blois en 1462, Louis XII devient roi en 1498 et transforme aussitôt la forteresse en palais urbain. Son logis, construit à partir de 1498, est un bâtiment gothique de brique et de pierre : côté place, une longue façade de briques abrite la statue équestre du roi ; côté cour, une galerie ouverte alterne piliers et colonnes. Le roi fait aussi élever la chapelle Saint-Calais, consacrée en 1508. L'aile Louis XII abrite aujourd'hui le musée des Beaux-Arts.
L'aile François Ier. En 1515, dès son avènement, François Ier lance à Blois le premier chantier de son règne, inspiré de la Renaissance italienne. Côté cour, la façade s'organise autour du célèbre escalier dit François Ier, dont les contreforts massifs contrastent avec la légèreté des baies. Côté ville, la façade des Loges reprend le modèle des loges de Bramante au Vatican : ses niches ouvraient la vue sur les jardins aménagés pour Louis XII et Anne de Bretagne.
L'aile Gaston d'Orléans. Frère du roi Louis XIII et alors héritier de la couronne, Gaston d'Orléans décide en 1634 de reconstruire entièrement le château. Il confie le projet à François Mansart, qui élève de 1635 à 1638 un corps de logis au fond de la cour. Le chantier s'arrête en 1638 avec la naissance du fils de Louis XIII, le futur Louis XIV, qui éloigne Gaston du trône et le prive de ressources assurées. Ce logis inachevé, de style classique, annonce l'architecture de Versailles ; à l'intérieur, son vestibule est couvert d'une voûte ornée de trophées et de masques, surmontée d'une coupole.
Des rois, des reines et un coup de théâtre
Le château revendique le destin de sept rois et de dix reines de France. Louis XII y séjourne souvent. Son épouse Anne de Bretagne, deux fois reine de France, y meurt en 1514. Leur fille Claude de France, épouse de François Ier, y meurt en 1524.
Le château est surtout lié aux guerres de Religion. Henri III y réunit deux fois les États généraux, en 1576 puis en 1588-1589. C'est à Blois, en 1588, que le duc de Guise est assassiné par la garde personnelle du roi. Catherine de Médicis, veuve d'Henri II, y meurt l'année suivante, en 1589. Au siècle suivant, Gaston d'Orléans finit ses jours dans l'aile François Ier, en 1660.
La salle des États généraux et sa charpente
Bâtie en 1214 par Thibaut VI, la grande salle seigneuriale est présentée comme la plus ancienne salle civile gothique conservée en France. Les États généraux de 1576 et de 1588 s'y sont tenus. Restaurée par Félix Duban de 1861 à 1866, elle fait partie de la visite ordinaire du château. Ses combles, en revanche, sont habituellement fermés au public : ils sont ouverts lors des visites insolites guidées, notamment pendant les Journées du patrimoine, et le programme de l'édition 2022 mentionnait la charpente de la salle parmi les espaces accessibles.


Un monument classé dès 1840, propriété de la ville
Le château et ses anciennes dépendances figurent sur la liste de 1840, l'une des premières listes de monuments historiques. Mis en vente par Louis XVI en 1788 sans trouver d'acquéreur, devenu caserne, il est cédé à la ville en 1810 ; la notice Mérimée le donne aujourd'hui comme propriété de la commune. En 1843, l'architecte Félix Duban établit pour Prosper Mérimée un projet de restauration, et le château devient en 1845 le premier monument historique restauré par l'État hors de Paris. Duban reprend aussi la salle des États généraux, de 1861 à 1866. Les effets du classement sont expliqués dans notre article sur le classement et l'inscription.
Ses animations des Journées figurent donc dans la brochure de la Ville de Blois, préparée par son service Ville d'art et d'histoire (voir les Villes et Pays d'art et d'histoire).
Ce que l'édition 2026 y proposait
Le programme publié par la Ville de Blois pour les 19 et 20 septembre 2026 montre ce qu'un grand château peut ajouter à sa visite ordinaire. Il change chaque année : c'est un exemple, pas une garantie.
- La visite libre des appartements royaux, du musée des Beaux-Arts et d'autres espaces, dont la salle des États généraux. L'entrée restait payante (8 €, gratuite pour les moins de 18 ans), les recettes devant financer la restauration d'œuvres du sculpteur Henri Varenne.
- Des visites d'orientation de trente minutes depuis la cour, pour saisir l'histoire et l'architecture du lieu.
- Des visites guidées « insolites » de deux heures avec un guide-conférencier, privilégiant les parties habituellement fermées au public : tours, fortifications, combles. Réservation obligatoire.
- Une visite thématique sur le château comme « patrimoine en danger », de la Révolution à son rôle de refuge pour des trésors des musées nationaux, en écho au thème « Patrimoine en péril ».
- Une exposition, « Reflets du lointain, l'Asie rêvée des collectionneurs », sur les collections asiatiques du château, et le son et lumière le soir.
Les tours et les combles sont habituellement fermés au public ; ils s'ouvrent lors des visites insolites guidées, notamment pendant les Journées du patrimoine. Depuis le haut d'une tour, la vue embrasse les toits de la vieille ville, l'église Saint-Nicolas et la Loire, franchie par le pont Jacques-Gabriel. Les photographies de cette page ont été prises lors d'une visite insolite, le samedi des Journées du patrimoine 2026.


Se préparer et réserver
- Lire le programme dès sa parution et noter les visites marquées « réservation obligatoire ».
- Réserver dès l'ouverture : en 2026, la Ville de Blois invitait à réserver à partir du lundi 7 septembre, billets à retirer au stand Ville d'art et d'histoire, place du Château.
- Choisir l'exceptionnel : une visite des combles ou des tours vaut mieux qu'une visite libre, que l'on peut faire toute l'année.
- Anticiper l'accessibilité : tours et combles se prêtent mal aux fauteuils ; le programme signale les animations accessibles.
Le même week-end, une maison habitée offre une expérience différente : notre guide pour visiter une demeure privée les présente. D'autres fiches de monuments sont rassemblées dans la rubrique Abbayes & demeures.
Sources
- Ministère de la Culture, notice Mérimée PA00098337, « Château de Blois » (Plateforme ouverte du patrimoine), consultée le 27 octobre 2026.
- Ville de Blois, programme des Journées européennes du patrimoine, 19 et 20 septembre 2026 (PDF).
- Ministère de la Culture, site des Journées européennes du patrimoine : « Des rendez-vous exceptionnels avec le patrimoine ».
- Château royal de Blois (chateaudeblois.fr), pages « Quatre styles architecturaux », « Les périodes », « Les personnages illustres », « Les extérieurs » et « La salle des États généraux », consultées le 27 octobre 2026.
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