Abbayes & demeures

Le manoir des Fossés à Plélan-le-Petit, un logis-porte breton à la charpente gothique

Abbayes & demeures · Publié le 2026-10-27

Pignon de manoir breton en pierre de taille avec cheminée et porte en arc, entouré de jardins
Le manoir de Kerbiquet, à Gourin (Morbihan), autre manoir breton, illustration générale : nous n'avons pas trouvé de photographie libre du manoir des Fossés. Photographie de Cadouf, CC0.

Au bord de la route qui mène de Plélan-le-Petit vers Plancoët, dans les Côtes-d'Armor, un bâtiment rectangulaire de pierre, percé d'une porte cochère et de fentes de tir en forme de croix, intrigue les passants. Le manoir des Fossés est un « logis-porte », une forme de manoir propre à la Bretagne médiévale, et l'un des exemples les plus étonnants de cette architecture. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1992.

Commune
Plélan-le-Petit, lieu-dit les Fossés (Côtes-d'Armor, Bretagne)
Type
Manoir, logis-porte (« manoir-porche »)
Protection
Inscription par arrêté du 13 février 1992
Propriétaire
Propriété privée
Référence
Mérimée PA00089771

Un logis bâti sur une porte

La notice officielle de la base Mérimée décrit un manoir-porche situé aux environs de Dinan, qui relevait du fief de Montafilant. De plan rectangulaire, il est percé d'une porte cochère et d'une porte piétonne. Ses façades, percées de baies géminées trilobées et d'archères cruciformes, « lui confèrent beaucoup de caractère », de même que la charpente de la grande salle qui occupe tout l'étage. La notice souligne l'intérêt archéologique de ce « manoir porte ».

Le principe du logis-porte est simple : au lieu de construire un portail et un logis séparés, on bâtit le logis au-dessus du passage d'entrée de la cour. Le rez-de-chaussée sert de porche, l'étage abrite une grande salle. Ce type, étudié notamment par l'historien Christophe Amiot dans un ouvrage consacré aux manoirs bretons de 1380 à 1600 et aux logis-portes, est caractéristique de la Bretagne de la fin du Moyen Âge.

Ce que décrit l'article de Wikipédia

L'article de Wikipédia consacré au manoir, qui s'appuie sur la notice Mérimée, sur les travaux de Christophe Amiot et sur les archives départementales des Côtes-d'Armor, donne une description plus détaillée. Il s'agit d'un bâtiment rectangulaire à deux niveaux, d'environ 18,5 mètres sur 8, orienté nord-sud et peu modifié depuis son origine. L'étage est occupé par une seule grande salle, sans cloison, avec une cheminée dans le pignon sud ; on n'y accédait que par une porte située à environ cinq mètres du sol, ce qui donnait au logis une fonction proche de celle d'un donjon.

La façade est porte cinq meurtrières cruciformes, trois au rez-de-chaussée et deux à l'étage, et deux fenêtres ogivales ; la façade ouest une fenêtre gothique. L'article insiste sur la charpente de la grande salle, qu'il qualifie de charpente gothique intacte, et présente le bâtiment comme l'un des plus anciens manoirs de type « salle » en Bretagne. Une description de 1497 parle de « porte et maison sur icelle », avec une salle basse, une chambre, une cuisine et une chapelle dans la cour : le logis-porte n'était qu'une partie d'un ensemble plus vaste. Un logis plus grand fut construit au XVIe siècle ; il en subsiste une tour d'escalier hexagonale.

XIVe ou XVIe siècle ? Un débat de datation

Les sources ne s'accordent pas sur l'âge du bâtiment. La notice Mérimée, rédigée en 1992 à partir du dossier de protection, situe la construction au quatrième quart du XVIe siècle. L'article de Wikipédia et plusieurs guides touristiques le datent au contraire du milieu ou de la fin du XIVe siècle, en s'appuyant sur le style des baies, des archères et de la charpente.

Ce type de divergence est fréquent pour les manoirs ruraux, rarement documentés par des textes précis. Seule une étude archéologique du bâti, et en particulier une datation des bois de la charpente par dendrochronologie, permettrait de trancher. Nous n'avons pas trouvé de publication d'une telle analyse ; les deux datations sont donc présentées ici, la notice officielle faisant foi pour ce qui concerne la protection.

Une succession de familles

La notice Mérimée cite les familles qui ont tenu les Fossés : les Le Borgne au XIVe siècle, les de la Bouexière aux XVe et XVIe siècles, les des Nos au XVIIe siècle, les Le Doyen et des Nos aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis les de Kergorlay. Selon Wikipédia, le fief des Fossés était doté d'un droit de haute justice sur plusieurs paroisses voisines, et les Kergorlay l'ont tenu jusqu'à la Révolution.

Cette continuité seigneuriale, puis la vente ou la transmission à l'époque contemporaine, illustre le destin de nombreux manoirs bretons : demeures de petite noblesse, devenus fermes au XIXe siècle, puis redécouverts et restaurés au XXe siècle. Le destin des établissements religieux à la même époque est raconté dans notre article sur les abbayes et prieurés vendus comme biens nationaux.

Voir le manoir

Le manoir des Fossés est une propriété privée. Il est visible depuis la route départementale, à la sortie de Plélan-le-Petit en direction de Plancoët, mais ses abords et son intérieur ne se visitent pas librement. Comme beaucoup de manoirs protégés appartenant à des particuliers, il peut ouvrir ponctuellement, par exemple lors des Journées européennes du patrimoine ; il faut alors consulter le programme officiel ou se renseigner en mairie. En dehors de ces occasions, la propriété doit être respectée : on regarde depuis la voie publique, sans entrer dans la cour.

À observer depuis la route

La région de Dinan, toute proche, offre de nombreux autres manoirs, ainsi que des sites protégés ouverts toute l'année. Les manoirs se lisent souvent en relation avec les églises et les chapelles voisines, comme le montre, dans un tout autre contexte, notre fiche sur l'église Saint-Martin de Lorges et sa chapelle seigneuriale.

Pourquoi cette fiche ?

L'ancien site hébergé sur ce domaine proposait une page de présentation du manoir des Fossés, citée par d'autres sites. Cette fiche, entièrement nouvelle, la remplace : elle s'appuie sur la notice officielle de protection et sur des sources publiques, sans reprendre de texte ni d'image de l'ancien site. Voir aussi notre fiche sur le manoir de Gennes, dit des Templiers.

Sources